Poèmes de Michèle Fournier

Michèle Fournier, touchée par les œuvres de Charles Goldstein lors de ses différentes expositions, put échanger avec lui par correspondance lors du confinement. Il lui envoya des photos de ses toiles, elle lui répondit en lui offrant plus de soixante-dix « poèmes », dits « Mots en résonance », qu’elle écrivit en relation avec son ressenti.
Photographe de talent, Michèle Fournier capture de précieux moments passés en compagnie du peintre à l'atelier. Tout naturellement, ses photographies appellent l'expression de son ressenti dans des écrits.

Le peintre Charles Goldstein dans son atelier

Cette photo, improvisée, rappelle le cliché pris par le photographe Daniel Fauchon peu de temps auparavant (voir la page Biographie). Elle a inspiré à Michèle un texte d'une grande sensibilité.

 

"Il était nécessaire que la force de cette photo soit, en quelque sorte, une œuvre à part entière dans laquelle le peintre et ses toiles, en se confondant, deviennent témoins du drame mémoriel.

Au premier regard, ce qui frappe c’est le contraste symbolique entre les couleurs de ses toiles et le bleu de ses vêtements. Entouré de rouge-sang, de cendre et de feu, de noir crématoire, de cris en relief, cette note d’azur agit comme une respiration, une trouée de lumière, un fragment d’éternité et d’espérance.

Sa position est tellement parlante !

Son corps est comme ancré sous le poids d’une charge invisible, de cette nécessité mémorielle à transmettre.

Sa bouche silencieuse est fermée par ses index rassemblés sur ses lèvres comme cadenassées pour mieux laisser hurler ses toiles et concentrer toute son énergie vers l’intérieur.

Le regard vers le sol, ce ne sont pas ses œuvres qui l’attirent, mais la source, la réflexion profonde, la plongée mémorielle d’où elles sont nées.

J’ai voulu cette photo en couleur dans son atelier et dans la même position qu’une photo précédente qui a été faite de lui, en noir et blanc par un ami photographe. Si le noir et blanc impose une esthétique de la tragédie historique, la distance temporelle, le deuil classique, je trouvais que le message était éteint.

En réintroduisant les couleurs du drame, certes, mais aussi les mauves, les roses, les ocres, les verts autour de lui, c’était introduire le chant de leurs âmes. Les toiles cessent d’être des monuments funéraires pour redevenir des organismes vivants, non plus un cimetière, mais le sanctuaire de la résurrection par l’art.

Cette photo révèle un sentiment « d’absorption » lié à la position du peintre et à ses créations, une unité révélatrice.

Cinq toiles l’entourent du rempart de leurs présences, tel un tribunal de mémoire duquel il demeure le gardien éveillé, l’artisan qui transforme le néant en une vibrante et nécessaire éternité de flamboyance et d’humanité."

Michèle Jouas Fournier
26 mai 2026

Mots en résonance

Shoah

"Dans un subtil équilibre chromatique
l'écarlate blessure crématoire foudroie l'espace,

implacable, irréversible,
telle l'obsessionnelle empreinte au cœur enfin révélée."

Michèle Fournier

Premier regard

"L'étreinte graphique projette ses rouges flamboyants
sur le souvenir en point d'orgue

d'une longue marche funèbre.

L'or d'un soleil captif
n'a pas éclaboussé sa lumière en étoile d'espoir,

seul, le bleu lagune offre l'échappée belle."

Michèle Fournier

Ruptures

"L'infinitude des bleus imprègne la toile
où l'indigo déchire l'azur
d'un corps en supplique ultime.

Un cri anthracite enchevêtre la torture
d'une masse de matière
dont les reflets de lumière
vibrent d'un gris silex.

L'espérance Majorelle apaise l'effroi
retenu par l'ocre d'une brèche opportune,
tandis qu'au loin
un jaune solaire entrave les parallèles noircies
d'un destin échoué.

Désormais, les ruptures accordent leurs dissonances."

Michèle Fournier 

Mouvance symphonique

"La symphonie pourpre,
dans son mouvement instrumental,
libère une polyphonie de couleurs improbables
au cœur du désespoir sur une orchestration orpheline.

Seule, la touche azuréenne absout les peurs,
libère l'espace carcéral,
réconcilie le regard sur une réappropriation picturale
qu'il convient d'apprivoiser."

Michèle Fournier

Rêver

"L'esthétisme de l'envolée séraphique en cœur de toile
détourne le regard de l'emprisonnement
en mêlant sa fluidité allégorique aux kaddishs absents.

L'escadrin, dans son renoncement d'évasion,
retient les déchirures pourpres
sur les vibrations imaginaires des violons oubliés.

Seul le rêve révèle
l'image de leurs danses corolles,
le souffle ashkénaze des temps heureux,
le chant de leur âme,
l'espoir ressuscité."

Michèle Fournier 

Comme un p'tit coquelicot

"Deux étendards d'or et de lumière safranée
transgressent le néant de leur survivance
tandis que s'échappe de tourments hérissés
la clameur rougeoyante de coquelicots échoués."

Michèle Fournier

Wannsee

"Telle l'obsidienne fracassée,
la sentence mortifère libère la violence acérée
de ses noirs desseins.

De la palette chromatique se déversent les couleurs
de l'illusoire évasion de leurs destins brisés
au cœur de l'embrasement crématoire
de leur finitude.

Seule la date mémorielle inscrite dans la pierre
rappelle l'implacable ordonnance,
l'extermination d'une partie de la race humaine,
dont quatre-vingts deux des siens.

Que la lumière hors les murs et la fuite océane
soient espérance, afin que survive à jamais,
le devoir de ne jamais oublier !"

Michèle Fournier 

Éclats de mémoire

"Du magma où s'enchevêtrent des vibrations de couleurs
émergent les reliefs de corps flamboyants.

Sur la toile, pas d'enfermement cadré,
seul le chaos occupe l'espace
dans la fusion tourmentée de leur ultime étreinte.

Des touches en reliefs s'échappent du tableau,
telles les âmes libérées du brasier,
dont l'expression expulse, hors du cadre,
les discordances émotionnelles du peintre."

Michèle Fournier

Besoin d'eux

"Les couleurs en cascade ruissèlent de la toile.

La désertion onirique des âmes fait place
à l'évaporation de fumées blanches
sur l'espoir d'un bleu céleste
échappé de la sidération destructrice du néant.

Dans un graphisme pathétique,
s'élance une chorégraphie corporelle suggérée,
comme le paraphe ultime de leur existence,
sur des stèles mémorielles inventées."

Michèle Fournier