Poèmes de Charles Goldstein
J’ai durant ces années
Emprunté les chemins de mémoire
Je n’en suis pas ressorti indemne
D’ailleurs je n’en suis pas ressorti…
Tant que l’ombre est poussière
Tant que le néant n’a pas de visage
Tant que la nuit jette son voile
Je réponds à l’appel des chimères
Je poursuis ces inconnus qui sont miens
Adossé à l’imaginaire
Je quête le moindre signe
Et n’espère… rien !
Mais j’ai tellement besoin de croire
Que la nuit dans l’atelier
Je me fabrique une histoire
Faite de rêves familiers
Je projette sur la toile
Les esquisses du passé
D’une imagination dérisoire
Et de rêves insensés…
Si peindre était l’ouverture
Vers l’inconscient ou l’incompris
Ou simplement la rupture
Avec le passé… à tout prix !
Ne plus poser cette question
Ne plus rechercher le pourquoi
Se contenter de l’action
Peindre, peindre sans foi ni loi !
Gratter « la cendre et la poussière »
Et de l’universalité
Retrouver pleine et entière
L’histoire et sa moralité
Depuis des années, je m’essaie…
Je danse avec l’imaginaire
Je pense à ce pays que je ne connais pas
Je sais qu’ils sont en moi, je gère
Ce long moment qui va du silence au trépas.
Dans ces instants de longue attente
Où les repères éclatent en mille étoiles bleues
Où mon regard qui s’impatiente
Se pose sur la mémoire qui brille de tous ses feux.
Où étaient-ils, que faisaient-ils ?
C’est à travers l’histoire et la mémoire des autres
Anecdotes souvent futiles
Comme rabbins prêchant tels de nouveaux apôtres
Qu’à jamais je ne pourrai croire
Qu’ils ont vécu, aimé dans un temps douloureux
Que tous ils ont écrit l’histoire
Et sans penser qu’un jour ils pourraient être heureux
Alors je songe à ma rencontre
De celui qui, magnifique, a croisé mon destin
Et qui va toujours à l’encontre
Du réveil au petit matin
Chagall et ses oiseaux de nuit
Ses ânes qui volaient dans l’espace angoissé
Retrouvant le coq qui s’enfuit
Et l’amour de Bella dans les temps insensés
Ce jour où je suis né à ma seule vocation
Peindre jusqu’à ne plus pouvoir
Me passer du réel à l’imagination
Et du respect comme un devoir
Envers tous ceux des miens tristement disparus
Avec mon peuple anéanti
Dans l’horreur de la nuit des démons apparus
Je leur dois l’espoir des nantis.